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Ça c’est une course atypique : 46 km annoncés pour 2 000 m de D+, et le sommet, du nom de la course, à 3 035 m d’altitude !
10 jours avant, on m’apprend que pour le départ, nous serons équipés d’un mousqueton et d’ une corde pour passer certains passages « délicats ». Gloups !
Un peu inquiet par les tours que peuvent me jouer mon vertige, je prends contact avec l’organisation afin d’en savoir plus.
Là, on me dit carrément de ne pas y participer si j’ai le vertige… Ça, c’est dit !
Durant la semaine précédente, je cherche des photos sur ces fameux passages, des infos sur des blogs de personnes ayant fait la course, bref, j’essaye de me rassurer.
Puis, je décide de m’aligner sur le départ et s’il le faut, je rebrousserai chemin si je ne peux vraiment pas
passer mais au moins, j’aurais essayé.
Arrivé la veille du départ pour dormir dans un camping, le groupe ( composé de Lolo, Noisette, Coachette, Jean-Marc, Pat’, Cyril de Toulouse et Pablo) tergiverse sur la distance et le dénivelé, tandis que pour moi (et Noisette), une seule chose me préoccupe, les fameux passages !
Mais une autre nouvelle dans la semaine nous a tous contrarié, c’est l’absence de Momo, inscrit sur la course, mais dont l’état de santé de son frère malade, prédit le pire pour le week-end.
C’est donc avec une pensée pour lui et sa famille que nous sommes sur la ligne du départ, en ce 23 juillet à Cauterets.
7h30, c’est parti.
Les premiers kilomètres montent déjà mais nous sommes sur la route, et gardons une allure correcte.
Jusqu’au Pont d’Espagne, nous pouvons courir, à allure de plus en plus modérée.
Puis, nous attaquons les choses sérieuses. Nous débutons une longue montée à travers la forêt, mais sur laquelle certains passages permettent encore de courir, de doubler (ou se faire doubler).
Puis le Lac de Gaube. Les paysages sont magnifiques, il y a de la brume, il fait très frais mais les efforts nous réchauffent !
Je suis avec Cyril, nous surveillons le chrono, il faut arriver au refuge des Oulettes avant les 3 heures, limite de la barrière horaire.
Petit à petit la brume se
dissipe, le soleil fait son apparition puis soudain, jaillit devant nous, le Petit Vignemale, avec à ses cotés, Pique Longue, et la Pointe Chaussengue. A leur pied, le glacier des Oulettes nous
rappelle l’altitude à laquelle nous sommes !
C’est superbe.
Nous arrivons au refuge en 2h30. La barrière horaire franchie, plus de stress sur le chrono.
Nous attaquons la montée vers la Hourquette d’Ossoue, et les pentes sont raides, caillouteuses.
On aperçoit les coureurs qui montent sur la crête du Petit Vignemale jusqu'à son sommet. La descente se fera par le même endroit.
Mais les côtes se raidissent de plus en plus, l’effort est plus violent et avec l’altitude, le rythme décroit considérablement.
Sur la dernière montée jusqu’au sommet, la plus difficile, je croise Nath’ puis Pablo qui descendent.
Les pentes ne sont que cailloux que glissent sous les pieds, c’est un paysage aride dans lequel nous évoluons.
Je commence à grandement peiner, le sommet me parait inaccessible !
J’arrive au sommet en 4h30 ! Je suis complètement cuit !!! Voilà, j’y suis à ces fameux 3 035 m !!!
Le paysage est somptueux : d’un coté (d’où nous arrivons,) une mer de nuages avec les cimes des montagnes
qui sont dégagées. On peut même apercevoir le Pic de Midi d’Ossau et de l’autre coté, c’est complètement dégagé et c’est le Cirque de Gavarnie qui s’offre à nos
yeux !
J’en ai les frissons …
Mais il faut déjà redescendre, la course continue et l’altitude me donne mal à la tête.
Un hélicoptère passe à 20 mètres au dessus de nos têtes, pour foncer sur le refuge de Baysselance, où il y a le prochain ravitaillement en eau. C’est impressionnant.
Arrivé au refuge, après une descente qui m’a paru une éternité, j’aperçois au loin le fameux passage délicat, qui monte vers le col de Labas.
Je vois une corde qui longe un sentier au bord d’une falaise. Cela me parait faisable avec mon vertige, je verrais bien sur place…
Après la traversée d’un névé, m’y voici !
Là, un guide de haute montagne accroche ma corde et mon mousqueton autour de la taille, puis accroche le mousqueton à la corde qui longe le sentier.
Je sens que ça va être un grand moment !!!
Je pars en regardant devant moi, surtout pas sur le coté où la falaise tombe.
Tout va bien, des petits hauts de cœur lorsque je dois enlever le mousqueton pour le passer aux cordes suivantes.
Au bout de presque 1 kilomètre, j’arrive au bout de mes souffrances, j’enlève le
mousqueton pour la dernière fois. Ouf, ça c’est fait !
Puis après une rude descente de pierrée, on arrive sur un immense névé qu’il faut descendre sur les fesses.
Drôle de sensations, fesses gelées après la glissade !
Puis le lac d’Estom ! Le parcours devient plus « roulant », et enfin de la terre orne les sentiers.
Je croise Arnaud Bégay, le photographe du WET Pyrénées. Nous marchons ensemble quelques mètres afin de discuter, blaguer un peu.
Ça fait plaisir de se revoir et ça me fait du bien de croiser un visage sympathique, du coup, ça me rebooste, car la fatigue devient pesante. J’arrive sur 6h30 de course ….
Après le lac d’Estom, le parcours est vraiment roulant même si technique, et là, j’essaye de rattraper un peu le retard prit depuis l’ascension du Vignemale.
Je me sens pousser des ailes, je fonce, je croise pas mal de randonneurs qui m’encourage, applaudisse, ça fait un bien fou !
Je redouble quelques coureurs et j’arrive au dernier ravito, à la Fruitière. Je sais que c’est la dernière descente. Encore une bonne heure et ce sera bon.
Content malgré la fatigue, je continue à courir, les jambes raides, le dos en vrac, les chevilles se tordant
dans tous les sens, les yeux rivés sur le chrono. Je crois que je vais faire les 8 h 00 de course, comme j’avais calculé.
Après une descente dans la forêt, j’aperçois la route, en contrebas… J’y suis presque, je sais qu’une fois en bas, il restera 2 km de bitume jusqu'à l’arrivée.
Je suis heureux, je vais y arriver, je vais boucler cette course ... J'ai une pensée pour Momo ...
Je franchis le panneau Cauterets, les gens applaudissent, l’arche d’arrivée est devant moi.
C’est fait, je la franchis en 8h10, pour 38 km environ !
Après avoir bu, je reste quelques minutes à tourner en rond, complètement hagard, dans un état second, que je ne connaissais pas. Je me sens tout bizarre, comme « shooté ».
Il me faudra presque 15 minutes avant de vraiment « redescendre ». Je suis heureux !
C’est ma première grosse course de haute montagne, c’était dur, très dur, mais je ressens déjà la satisfaction de l’avoir fait et l’envie d’y retourner.
En même temps, je me dit que je n’ai fait "que" la moitié du GRP.
Et je dois déjà tirer une leçon : les difficultés éprouvées lors de la montée sont certainement dues au fait que je me suis mal alimenté.
Je ne me suis pas vraiment arrêté pour manger tout ce que j’avais prévu. J’aurais du me forcer…Je l'ai
payé.
Après s’être tous réunis, douchés et avoir manger, nous repartons directement sur Bordeaux.
Dans la voiture, je repense à ma course, et je sens qu’une partie de moi est encore là-haut, sur les sentiers, les côtes, le sommet.
Je me rends compte combien le GRP sera difficile dans un mois, mais je sens aussi monter la hâte d’y être.
Je sais maintenant quelle incroyable aventure je vivrais, avec toutes ces émotions que j’ai palpé aujourd’hui…
Reportage photo d'Arnaud Bégay ( Merci Arnaud ) . Son site ICI